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Rencontre assez atypique entre une contrebasse et une danseuse enceinte pour le dernier weekend du JazzContreBand 2014, au Temple de Carouge.

Fabien Sevilla et Elina Müller Meyer : spectacle pour danseuse et contrebassiste

Le soir du jeudi 23 octobre, dernière semaine du JazzContreBand, je suis allée à l’église. Plus précisément, au temple protestant de Carouge. Ce n’était ni Noël, et je ne suis ni (avide) pratiquante et en plus, il faisait froid : la neige venait de tomber sur le Jura. Une dizaine d’autres courageux sont avec moi. Question : pourquoi donc être là, nom de […] ? Réponse : pour le spectacle de musique et danse monté par le contrebassiste Fabien Sevilla et la danseuse Elina Müller Meyer.

Assise sur le premier banc en bois, entourée par les murs bleu clairs avec étoiles peintes en or, je regarde le pupitre décoré de fleurs et une fresque de la naissance du Christ. Je note qu’il y a un carton vide de vin vaudois oublié aux pieds de la fresque, à la fin des escaliers d’accès au pupitre. Coïncidences. La scène est une plateforme en bois clair, là où se trouve le chœur du temple. Une contrebasse y repose. Un monsieur chauve et maigre arrive sur scène et prend la contrebasse. Dos au public, il commence à jouer, ou plutôt à la toucher, caresser, pincer, battre. Il est habillé en gris foncé, les pantalons en cuir noir. Un style très sobre, propre, primitif. Comme à vouloir se méconnaitre, perdre son identité, pour devenir instrument de musique lui-même. Seuls ses yeux noirs brillent de caractère et d’intelligence. Mécaniquement, il recule vers le public, peu à peu, pas à pas, et traînant la contrebasse avec lui. Jusqu’à ce qu’il nous voit un instant, soulève les sourcils et se tourne vers nous. Pour les absents : c’est toute une mise en scène, ne vous inquiétez pas. Et ce monsieur est Fabien Sevilla, contrebassiste, bassiste, compositeur et improvisateur, originaire de Vevey.

Pendant la première partie du spectacle il est le seul protagoniste. Non seulement il joue des reprises de standards tels que « Giant Steps » par John Coltrane, mais aussi des compositions à lui, comme « Valentine », abstraite histoire d’amour, « instinctive, avec l’instrument et voix, sans réfléchir comme dans une relation passionnée, ou l’acte sexuel ». De formation jazz, c’est naturel que Sevilla improvise sur scène. Ces sont des improvisations libres, où il fait tout ce qui est (in)imaginable avec sa contrebasse : à un moment il utilise même une mailloche (type de maillet utilisé dans la batterie) ! Sevilla appelle ces improvisations « kôans », qui sont des « petites phrases utilisées dans la pratique zen, pour court-circuiter une certaine logique de pensée. […] Cela peut être comme une énigme que tu dois résoudre, pas par la logique mais par l’intuition ».

Elina Müller rejoint Sevilla pour la deuxième partie du spectacle où danse et musique se rencontrent autour de deux tatamis maintenant posés au centre de la scène. C’est « Man’Yô-Shû » , spectacle pour une danseuse et contrebassiste, créé en 2014. « Man’Yô-Shû » est un livre japonais de 100’000 feuilles, un recueil de traditions poétiques japonaises du 17e siècle, comme le « waka » ou le « haiku ». Sevilla met ses bottes pour le tir à l’arc japonais qu’il pratique depuis quelques années pendant que Müller reste dans un coindans sa robe noire . Son ventre montre une grossesse de quelques mois déjà : elle me confiera plus tard que la Grande Date sera en mars prochain. Sevilla avec sa pédale de boucle enregistre une mélodie sombre et des battements forts qui résonnent dans la caisse de la contrebasse. Il laisse ensuite son instrument et les deux vont marcher autour des tatamis, très lentement, comme des robots, frictionnant leurs pieds. Ils se rencontrent au centre des tatami set commencent à répéter des gestes qui s’inspirent du tir à l’arc et de la calligraphie. Cette partie dansée du spectacle est très organisée, en opposition avec la partie suivante, plus improvisée, où Sevilla joue et Müller danse. Enseignante de yoga, Müller performe pour quelques minutes une position sur sa tête assez étonnante, en tenant compte de sa grossesse. Sa robe descend petit à petit jusqu’à couvrir son buste et sa tête et seules les jambes sont visibles dans l’air. C’est marrant, elles semblent s’étirer. Une danse « fofolle » suit où Müller, comme un enfant qui veut embêter un parent, touche et tire la contrebasse, s’insert entre l’instrument et Sevilla, qui, en ignorant ses « enfants », continue à jouer…

Après le spectacle, les deux artistes ont rencontré Radio Masala et expliquent comment ils se sont connus et comment ils interprètent leur performance. vous trouverez tout ça et d’autres choses dans l’interview en bas de page.

À propos de Fabien Sevilla

Fabien Sevilla est un contrebassiste, bassiste, compositeur et improvisateur, né à Vevey le 27 décembre 1971. En 1994, il obtient le Certificat du Conservatoire de Jazz de Montreux avant d’obtenir une bourse d’études d’une année à la New School Jazz de New York. Il y étudie la contrebasse, la basse, le piano et la composition avec notamment Reginald Workman, Buster Williams, Andy McKee et Gary Dial. De retour en Suisse, il suit les classes professionnelles du Conservatoire de Jazz de Montreux où il obtient son diplôme professionnel en juin 2000. Il poursuit ensuite des études de contrebasse classique à la H.E.M. de Lausanne où il obtient son diplôme professionnel en 2008. Entre 1990 et 2000, il fait ses premières armes sur les scènes jazz helvétiques aux côtés de musiciens tels que Malcolm Braff, Cyrille Bugnon, Marcos Jimenez, Thierry Lang, François Lindemann, Maurice Magnoni, Norbert Pfammatter, Stefano Saccon. Depuis 1998, ses projets musicaux lui donnent l’occasion de se produire en Suisse, en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, au Pérou et en Chine dans divers clubs et festivals comme Montreux Jazz Festival, Jazz à Juan les Pins, Festival de Jazz d’Avignon, Théâtre La Cigale et Festival de Jazz de la Défense à Paris. Depuis 2009, il développe son projet en solo. Son premier album « Kôans – Contrebasse Solo » (altrisuoni 2010), rencontre un vif succès. Une tournée de plus de 40 dates suit entre 2010 et 2012 en Suisse, France, Italie et New York où il côtoie des musiciens tels que Andy Milne, Kyoko Kitamura, Samuel Blaser. Son second album solo « Expansion » sort en septembre 2013 avec le label « Unit Records » et une autre tournée de 20 dates suit en Suisse et à New York. En Suisse, en plus de son projet solo, il est actuellement actif au sein du trio romand Format A’3, avec le chanteur romand Thierry Romanens (« Je m’appelle Romanens » (Disques Office, 2009), « SYNC » (2010-2011)) ou encore au sein du projet du batteur lausannois Jérôme Berney (« 3 + 3 Jazz autour de Franck Martin », « 3 + 3 Jazz autour de Gabriel Fauré »). Il vit actuellement entre Vevey et Zürich et enseigne la contrebasse à Lausanne, Zürich et à l’Ecole Internationale de Genève. L’année 2014 voit aussi naître le spectacle « Man’Yô-Shû » pour une danseuse et un contrebassiste avec la danseuse lucernoise Elina Müller Meyer. Première lors du Tanzfest de Zürich et Vevey les 3 et 4 mai 2014, puis représentation à la Church of St. Luke and St. Matthew, Brooklyn, NY le 12 juin 2014.

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Poussé par un amour universel vers le monde, les gens et la musique, Chic Street Man a joué plus de deux heures au Chat Noir et le public en voulait encore !

Chic Street Man et son sourire éternel

Educateur et musicien, Chic Street Man est une vraie inspiration à faire de notre mieux pour apporter du bonheur aux autres. Samedi 11 octobre, Chic a régalé le public du Chat Noir avec bien vingt-cinq morceaux, entre blues et ballades acoustiques. On a tapé dans nos mains et avec nos pieds. On a bougé nos têtes et claqué des doigts. On a inventé des chansons et on a été invité sur scène, co-protagonistes du concert. On a rigolé à en avoir mal aux mâchoires et on a chanté Ray Charles et John Lee Hooker. On s’est tenu par la main pour prier Madame La Musique tous ensemble. C’était son concert et notre concert. Un grand jeu musical qu’on a créé ensemble pour plus de deux heures. Une scène chorale à en faire pleurer les cœurs les plus durs. Et on en voulait encore, mais Chic, 68 ans, à minuit était bien fatigué : il a posé sa guitare acoustique et sa guitare à résonateur style Dobro, son harmonica, le bottleneck et les onglets.. bref, tout le matos d’un vrai bluesman.

Chic Street Man partage sa vie et ses histoires, guitare à la main, soit dans un petit club ou aux Nations Unies, au théâtre, dans un hôpital pour malades en phase terminale ou pendant ses séminaires sur l’art de communiquer qu’il organise partout dans le monde. Au Community Hospital de Carmel, CA, où il a été Chef du Département de Psychodrame, on lui fait savoir que la meilleure thérapie est « quand Chic amène sa guitare pour chanter avec les malades ». Chic est un messager du bonheur. C’est cette façon de s’approcher des gens qu’il ramène aussi à ses séminaires dont les trois mot-clés sont : « Connect, Communicate, Convince ». Et à chaque fois, le premier vrai participant du séminaire est lui-même ! Car la première étape à franchir est celle de convaincre les participants : Chic, il est là pour eux et il adore être à ce moment dans cette salle avec eux. C’est en ouvrant son propre cœur, en se lâchant et montrant sa liberté d’esprit, qu’une ambiance sincère se crée, où les gens peuvent peu à peu se relaxer et être spontanés.

D’origines modestes, Chic est allé loin dans la vie tout en gardant une âme propre, humble et gentille. Après sa naissance en 1946 en Géorgie, US, sa famille déménage à Boston où Chic et ses frères et sœurs ont pu grandir dans un environnement moins ségrégé que celui du grand sud du pays. Ici, enfant, il reçoit son premier cadeau à lui seul et le garde très jalousement – en étant normalement les cadeaux partagés entre tous les enfants de la famille -. C’est une guitare. Après quelques années, il commence à en jouer plus sérieusement car sa mère, chanteuse blues et gospel, avait besoin d’un accompagnateur à l’église. Vous pouvez trouver une biographie très détaillée ici ou ici. Là, Chic tombe amoureux du blues. « What a beautiful city, hallelujah » : et oui, le blues est une ville très belle avec ses rues et ses histoires, où les gens s’échappent pour un moment de la tristesse de leurs conditions de vie lamentables, dans les ghettos d’un pays raciste. Mais les portes de cette ville sont fermées à tous ceux qui –bienheureusement- n’ont pas vécu la situation de tous les « free colored men » pendant la première moitié du 20è siècle. Le Chic des années ’60 crée alors son propre blues qui s’inspire des événements de sa vie de tous les jours. Le passage de l’enfance à l’adolescence : « Do what you want, how you want, when you want, but make sure you know… what time is it ! People, what time is it? ». Une femme qui est avec lui un après-midi, mais qui partage sa vie avec un autre homme : « She moves… ». Paix et amour, oui, mais jusqu’à une certaine limite : « If you lose your money, please don’t lose your mind. If you lose your woman, please, don’t mess with mine». Un jour dans une gare d’un village dans le sud de la France et, soudain, le mal du pays : « I can’t go home ! I’m here on my own and.. I can’t go home. ». Et enfin, réaliser que pour être heureux finalement il faut donner du bonheur : « Are you doing the best you can ? Si tu l’aimes… ».

Chic Street Man, le beau géant, les cheveux frisés avec une pointe de gris, lunettes fines et un air de hippie dans sa chemise bleu claire, nous a rencontrés dans le backstage du Chat Noir et se raconte dans une interview riche en anecdotes et pensées. Maintenant, à vous de vivre 35 minutes de Chic !

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Le passé, le présent et le futur du genevois Leo Tardin qui jouera au Sud des Alpes – AMR, samedi 25 octobre, à 21h30.
Couverture de l'album Dawnscape, Cully.

Pour une rencontre avec le pianiste suisse Leo Tardin un lundi pluvieux, la mansarde du jazz club AMR résulte être l’abri parfait : un piano noir sur la gauche et un blanc sur la droite, une chaise à bascule en osier et deux autres en plastique blanc empilées l’une sur l’autre. On ouvre les fenêtres et la salle semble respirer à nouveau. Voilà, c’est l’ambiance idéale pour s’échapper au monde là dehors et partir en voyage à travers le temps et à travers la vie de Leo Tardin.

Tardin remporte en 1999 le Montreux Jazz Festival International Piano Solo Competitiona, alors qu'il est encore étudiant à la New School de New York. Il fonde peu après son projet Grand Pianoramax avec le batteur zurichois Dominik Burkhalter et le poète-slammeur de Brooklyn, Black Cracker. Quatre albums et deux vinyles sont le fruit de cette collaboration, publiés sous le label ObliqSound, basé à Paris, New York et Hambourg. Le tout dernier, « Till there’s nothing left », sort en 2013. Des nombreuses tournées internationales permettent au groupe de se produire dans des capitales culturelles telles que Tokyo, Mumbai, Berlin, Paris, London, Prague, Istanbul, Rome, New York et festivals tels que SXSW in Texas et Paléo. Fan des hybrides ? Grand Pianoramax est alors fait pour vous : un vrai mélange épicé entre jazz, rock, funky, électro, le tout dicté par une poésie universelle avec des résonnances métalliques, comme le pont du Brooklyn sous lequel cette même poésie est née.

Parallèlement aux nuits transfigurées du projet décennal Grand Pianoramax, Tardin consacre un premier album au piano solo: DAWNSCAPE, produit en collaboration avec le Montreux Jazz Festival. « A la lisière de l'intime, à fleur de voyages et de rencontres, écloses ou éphémères, le musicien d'origine suisse se met au jour. Vernis aux Montreux Jazz festival et Cully Jazz Festival de 2014, les neufs tracks de DAWNSCAPE sont autant de solstices inédits dans la trajectoire de Leo Tardin, autant de paysages intérieurs frôlés par la liberté du jazz, l'évidence de la folk et les fluidités de l'impressionnisme. »

Qu’est-ce que c’est Dawnscape ? Avec les mots de Tardin : « DAWNSCAPE, c'est la contraction de dawn ("aube") et landscape ("paysage"). Comme une volonté de s'immerger dans la fragilité du jour qui bascule, de saisir la nuit évanouie, de mettre en espace l'instant, l'éphémère, la lumière. La musique a cette force. Je porte ce projet en moi depuis de nombreuses années. Simplement il appartenait à ma sphère privée. C'est un processus créatif spontané, plus immédiat qu'avec Grand Pianoramax: je m'assied à l'instrument, chez moi ou dans des lieux de passage, je pose mon humeur dans un enchaînement d'accords ou dans une ligne mélodique. Je les avais gardés pour moi jusqu'ici, jusqu'à DAWNSCAPE. Aujourd'hui je me sens prêt à partager le fruit de ces moments. Il m'arrive souvent de tomber amoureux. Des gens, des villes, des moments. Ce sont des déclics, des ouvertures sensorielles qui me mettent dans un état propice à faire surgir la création. »

DANWSCAPE est un « album du jour, du matin, avec une grande clarté », qui nait de l’opposition entre la nuit et les lumières de l’aube. C’est des morceaux simples dont Tardin se sert pour improviser sur scène : chaque concert est donc différent où le « dernier est toujours le meilleur ». Parce que DAWNSCAPE est toujours en évolution, miroité comme les rayons d’un soleil qui se réveille lentement sur les vagues du Lac Léman couvert d’un léger brouillard.

Et c’est cette « sphère privée », ces « gens, villes, moments », ces « déclics » que Tardin nous dévoile au micro de Radio Masala, à l’AMR de Genève, là où samedi 25 octobre à 21h30 il jouera. À la fin de l’interview il y a encore une surprise : le premier live d’un morceau prévu pour le prochain album du Grand Pianoramax !

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Après avoir gagné à Montreux le 1er prix du Parmigiani Montreux Jazz Piano Solo Competition 2013, Jerry Léonide débarque à Hermance pour le deuxième weekend du festival [English text available at the end]
Jerry Leonide

Pendant le festival Jazz ContreBand on est tous contrebandiers et, sans frontières, on trafique entre France et Suisse romande. Mais parfois les distances sont plus grandes, comme … entre Genève et l’île Maurice ! Cette fois-ci, vendredi 10 octobre, le musicien qu’on vient d’importer en Suisse est le pianiste mauricien Jerry Léonide, gagnant du 1er prix du Parmigiani Montreux Jazz Piano Solo Competition. Dans la spiritueuse ambiance du Caveau des Vignerons à Hermance, il sort de son coffre entre bouteilles pleines et barriques vides et rejoint le piano noir posé sur un tapis couleur pastel. La taille de la salle (environ 50 personnes) fait ainsi que les premiers rangs sont littéralement à quelque centimètre du piano et que je sens le souffle lourd du petit vieux derrière moi sur mon cou.

Silence. Léonide regarde le piano et sourit. Ses mains commencent à marcher et courir sur le clavier et sa bouche chantonne en chuchotant des indications au piano. L’air se transforme en mer, des petites vagues se forment à partir de l’alternance entre sons graves et sons aigus. Léonide tourne autour de la même mélodie en ajoutant des échelles, des gruppetto et des autres belles fioritures. C’est « Dodo Baba », titre qui chante l’oiseau emblématique de l’île Maurice. En passant par un rag, il recule plus tard vers les vagues de la mer et la mélodie devient fluide. Il doit y avoir un cœur très gentil pour composer une telle mélodie.

Ses sources principales d’inspiration étant les gens et les images, il nous en fait preuve dans le deuxième morceau, inspiré par la conversation entre deux personnes. C’est un morceau psychédélique, il dit, et certaines parties me font penser à la musique celtique : parfois délicat, parfois agressif, et la touche est lourde. Vers la fin, les mains sautent sur le clavier : ça doit être une belle sensation physique ! Un « non » prononcé à l’autel, ou une danse dans le désert ou encore le roi du pop sont l’inspiration encore une fois d’autres morceaux comme « Tales from Middle East », ou une reprise de Michael Jackson.

Pour ce deuxième weekend du festival Jazz ContreBand 2014, en collaboration avec le festival Jazz sur la Plage, Jerry Léonide s’est produit en solo à Hermance. Son premier album solo « The Key » vient tout juste de sortir en aout 2014 sous le prestigieux label allemand ACT music. C’est un rêve nourri jour après jour depuis ses études à Paris sous l’égide de Emil Spanyi, pianiste hongrois, et réalisé grâce au grand prix obtenu à Montreux. Dans le jury il y avait au fait le fondateur de l’inaccessible et convoité ACT music, Siegfried Loch, qui non seulement lui donne le prix mais aussi sa carte et une invitation à enregistrer sous son label. Et alors, pour remercier le MJF de lui avoir donné cette chance, Léonide joue un jazz swingué, « Little man’s dream », morceau dédié à ce « little man » avec un grand cœur qui était Claude Nobs, le fondateur du Montreux Jazz Festival.

L’île Maurice, connue à l’époque comme l’Étoile et la Clé de l’Océan Indien, est le moteur du quatrième titre joué, « Mauritius ». Léonide a composé la majorité des morceaux de son opus « The Key » chez lui à l’île Maurice, dans un environnement ensoleillé et protégé.« Mauritius » est un enfant qui court sur la plage à midi quand le soleil est haut dans le ciel. C’est tous ces gens qui se promènent au bord de la plage, sous les palmiers, dans les ruelles entre les maisons claires de l’ère coloniale. C’est leurs sourires, expression d’un été éternel. « Je suis un pianiste de l’île Maurice et je vis à Paris. Dans mon petit appartement il y a mon piano et avec lui je voyage ». Ou il retourne chez lui, ce pays qu’il a choisi de laisser et de retrouver à travers sa musique. Car souvent ce n’est que quand on laisse nos racines qu’on les apprécie, mais de loin, dans nos souvenirs édulcorés, visions abstraites de ce qui est la vie de tous les jours et rêves d’une enfance passée. Le morceau termine avec une note basse, dur comme le réveil le matin. Les notes qui suivent sonnent comme un carillon. Alors oui, ce n’était qu’un rêve, le soleil dehors la fenêtre brille et un autre jour commence. La reprise du légendaire Louis Armstrong, « What a wonderful world », couronne ce rêve dont on a fait partie.

Très beau, très beau. On pourrait voir chacune de ces musiques comme une île différente. Et Léonide, marinier explorateur, navigue autour de chaque île pour en découvrir toute la cote, ses secrets, ses coins, et voir cette même île sous toutes ses formes. Et comme une île, sa musique tourne, confinée, morceau par morceau. D’un point elle commence, et au même point elle retourne après un voyage sous et sur la mer, volant haut dans le ciel pour atterrir sur une plage blanche.

À propos de Jerry Léonide

Jerry Léonide est né en 1984 à Pointe-aux-Sables. Son père, Lindsay, musicien lui-même, et sa mère Mirella, bercent son enfance. « La musique, ça a commencé jeune parce que je suis issu d’une famille de musiciens. Mon père était guitariste, pop jazz, donc j’suis tombé dans la marmite étant tout petit... j’ai commencé par la guitare pour finir avec le piano vers l’âge de 7-8 ans… ». Un jour, Linley Marthe, bassiste, l’invite à bouffer chez une amie à lui, Rajni Lalah, pianiste classique. Une expérience inoubliable pour Jerry qui pose alors ses mains pour la toute première fois sur un Grand Piano, un Kawai. Ensuite, à 15 ans, il a fait du Piano Bar, engagé le plus souvent par l’Hôtel Ambre, dirigé par Cyril Michel, connu pour son Ernest Wiehé Jazz Festival annuel à Tamarin. En 2003, à 17 ans, Léonide part pour Paris et entre au prestigieux Conservatoire de Région de Paris. Son enseignant est le pianiste hongrois Emil Spanyi. En 2012 il participe au Nottingham International Jazz Piano Competition et gagne le concours Boris Vian. En 2013, le 1er prix du jury et celui du public du Montreux Jazz Piano Solo Competition est en poche et ça change tout de sa carrière, de sa vie. « Le fait de gagner un concours, ça apporte plus d’ouverture, c’est-à-dire que je suis parti de rien et là j’ai accès à un réseau, le réseau du festival de la Fondation Montreux Jazz ». Au MJF 2014 il joue donc dans le Montreux Jazz Club, « une scène vraiment mythique au niveau international » où il partage la scène avec Manu Katché. Et un mois après, à 30 ans, il publie son premier album, en solo, sous le label allemand ACT Music : « The Key », la clé de tout un autre monde qu’on vous invite à découvrir. [extraits d’interview par TV5 Monde, Montreux Jazz TV au MJF 2014].

[English version]

During the second weekend of the Jazz ContreBand festival, Jerry Léonide crosses the Geneva Lake from Montreux to Hermance in the name of music, in collaboration with Jazz sur la Plage.

We are all smugglers during the Jazz ContreBand festival, and, with no borders, we smuggle music not only between France and Switzerland, but sometimes from even further away, like … Mauritius ! On Friday the 10th October, Jerry Léonide and his music were delivered at the Caveau des Vignerons in Hermance, the picturesque medieval village on the shores of Lake Geneva just at the border with France. Among barrels and bottles, a piano appears on a pastel colour carpet. And with it, the 30-year-old pianist from Mauritius, winner of the 1st prize of the Parmigiani Montreux Jazz Piano Solo Competition 2013.

Léonide’s hands start walking and then running on the keys, his mouth humming as if giving directions to the piano. The air becomes water and waves arise from the succession of low and high notes. Léonide goes around the same melody adding grace notes here and there and creates “Dodo Baba”, piece dedicated to the emblematic bird of Mauritius.

That is one example of where he principally takes inspiration from : images, events, people. Images, like the desert, are the source for “Tales from Middle East”, oriental jazz track. Events, a friend dumped at the altar, inspire a minor-tonality title, followed by a cover of Michael Jackson, the King of Pop who left this planet five years ago. People, like two persons having a conversation, are the key to the second title played. “A bit psychedelic” he announces. And indeed, it sound psychedelic, filling the air with Celtic music reminiscences, delicate touches, aggressive and huge hitting on the keys.

Léonide’s first album, “The Key”, was published last August under the prestigious label ACT music. It is a dream come true, a dream nourished for years, since he first left his home country to go study jazz piano in Paris under his teacher, the Hungarian Emil Spanyi. Léonide get in contact with the very sought-after German label at the Montreux Jazz Piano Solo Competition 2013. Siegfried Loch, founder of ACT music, was indeed member of the jury and not only gave Léonide the prize but also his business card. To thank the MJF that changed his career and his life too, Léonide plays a swinging jazz piece, “Little man’s dream”, dedicated to a little and kind-hearted man also known for founding the MJF: Claude Nobs.

From Montreux nostalgic memories, let’s go back to Léonide’s origins, the Mauritius. And as an ode to his home-country, Léonide plays “Mauritius”, another title from “The Key”, where Mauritius is the key, the key to the Indian Ocean. “Mauritius” is a child running on the beach at midday when the sun is high up in the sky. “Mauritius” is all those people walking on the shore, their smiles of an eternal summer, the palms high above, the alleys with white and small houses and the colourful bougainvilleas. “I am a pianist from Mauritius and I live in Paris. In my small flat, there is a piano and with it I travel”. Or simply goes back home, that country he chose to leave and to meet again through his music. Maybe because often it’s only when we leave our roots that we start appreciating them, from afar, in sweetened souvenirs, as abstract visions of the everyday life or dreams from a past childhood. The piece ends in a low note, sounding hard as the morning alarm. The trance stops, we all wake up. The notes who follow seem played by a carillon. Yes, it was nothing but a dream : the sun shines out of the windows, a new day begins and Léonide says goodbye with “What a Wonderful World”, cover of Louis Armstrong.

About Jerry Léonide

Jerry Léonide was born in 1984 at Pointe-aux-Sables, from Lindsay, musician too, and Mirella Léonide. His father was a pop jazz guitarist and Léonide starts playing guitar very young but then switching to piano at 7-8 years old. One day, the bassist Linley Marthe invites him at the house of the classical pianist Rajni Lalah. This was an unforgettable experience as for the first time Léonide put his hands on a Grand Piano. At 15 years old, Léonide does some piano bar often at the Hotel Ambre, managed by Cyril Michel, known for founding the Ernest Wiehé Jazz Festival in Tamarin. Léonide now lives in Paris where he got at 17 years old to study at the Conservatoire de Région de Paris under his master Emil Spanyi. He participated to some piano competitions like the Montreux Jazz Piano Solo Competition in 2011, the Nottingham International Jazz Piano Competition and the Boris Vian contest in 2012. But his biggest chance arrives in 2013 when for the second time he participates to the Montreux Jazz Piano Solo Competition, sponsored by Parmigiani. He wins the first prize from the jury and the prize from the public. “Winning the contest open many doors. That is to say I came from nothing and now I have the access to a big network, the Montreux Jazz Foundation”. At the MJF 2014 he plays in the Montreux Jazz Club where he shares the sage with Manu Katché. Talent, luck and contacts are the keys to success in music and that’s what happened to Léonide in 2013. With the won prize, he indeed managed to finance his project, the solo album “The Key”, published with the label ACT Music whose founder, Siegfried Loch, was member of the jury exactly in 2013. And it is this “key” to another world that we invite you to discover. [interviews parts from TV5 Monde, Montreux Jazz TV at the MJF 2014]

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Ce weekend du 4 au 5 octobre, Genève a eu l’honneur d’accueillir le Ralph Alessi Baida 4tet avec Ralph Alessi (trompette), Drew Gress (contrebasse), Gary Versace (piano) et Dan Weiss (batterie). [English text available at the end]
Baida 4tet: Alessi, Gress, Versace, Weiss

Ce mois d’octobre il y a deux choses intéressantes qui se passent en Europe : le festival de Suisse romande JazzContreBand du 2 au 25 et la tournée européenne du Ralph Alessi Baida 4tet du 3 au 18. Et à Genève, les néophytes, les spécialistes, les amateurs du jazz, ont eu droit aux deux événements en même temps, dans la même salle, pour bien deux jours. What else ?

Au jazz club AMR de Genève, Ralph Alessi, trompettiste, a donné un workshop le samedi après-midi et un concert le dimanche soir en quartet avec Drew Gress à la contrebasse, Dan Weiss à la batterie et Gary Versace au piano.

La première question qu’on se pose est : mais pourquoi le dimanche soir pour le concert de ce quartet à quatre étoiles ? Si on laisse de côté le fait que la tournée en Europe de ce quartet est assez serrée, dimanche était finalement la bonne date. Le magazine Jazz Times écrit que « sa musique est la plus pure, aérienne, sophistiquée et maîtrisée que le jazz progressif post moderne ait connue. » En reprenant ce concept de « maîtrisée », on peut affirmer que ce qu’on aime le plus chez Alessi est sa personnalité propre et sérieuse qui se reflète aussi dans son sound. Alessi, c’est une créativité intelligente, c’est de la musique intellectuelle. Et difficile. Alessi ne nous berce pas ni divertit : on ne peut pas se laisser entraîner par ses compositions. Alessi nous demande d’écouter avec concentration mais dans l’esprit de nous apprendre quelque chose. Plus qu’un musicien, il est un « travailleur musical » : il se connait soi-même assez bien et sait quand quelque chose a été bien fait ou où il faut améliorer et travailler plus. Humble, propre, focalisé, sans prétention de grande star, Alessi, il faut le voir en concert. Et même un dimanche soir, quand on vient de se remettre d’un vendredi ou samedi soir bien arrosé et on a besoin de récupérer notre santé mentale avant qu’une nouvelle semaine au bureau commence.

En défi de la ponctualité suisse, les quatre américains arrivent sur scène une vingtaine de minutes en retard mais personne n’est tendu et l’atmosphère dans la salle est très calme. Ils ne sont pas le quartet Baida officiel qui a enregistré l’album homonyme en 2013 : ici, Jason Moran est remplacé par Gary Versace et Nasheet Waits par Dan Weiss (celui-ci seulement pour quelque concert). Le premier set commence avec « Gobble Goblins », tiré du dernier album d’Alessi : Baida (ECM, 2013). Le solo de trompette chauffe les oreilles du public, et ensuite la batterie, puis le piano et après la contrebasse se lèvent et vont marcher ensemble à la trompette. « Scratch & Stretch » débute avec un solo de Versace au piano qui termine avec la répétition de trois notes graves et ouvre ainsi les portes à la contrebasse dynamique de Gress et à l’amusante batterie de Weiss. Le public est témoin d’une très belle conversation entre les quatre musiciens qui dure au cours de tout le concert. Parmi les autres morceaux joués, un très délicat « Seen Things », le marrant « Slow Dancing Bear » et le morceau de la fin, « Gone Today, Here Tomorrow ». Alessi, les lèvres marquées à force de jouer, écoute ses collègues ; Weiss a l’air de s’amuser comme un enfant et fait plein de clins d’œil à Versace qui sautille sur son tabouret ; Gress exécute son travail comme un maitre mais en relax. Petite parenthèse : dans « Slow Dancing Bear » Weiss joue la batterie avec ses propres mains, comme si c’était un tabla (percussion indienne) qu’il a étudié pour vingt ans sous l’égide de son guru Pandit Samir Chatterjee. Magnifique résultat.

Après le concert, le micro de Radio Masala est allé chercher Ralph Alessi dans la loge pendant qu’on rangeait la salle et que les autres musiciens rentraient à l’hôtel. Dans cet interview, Alessi nous parle de son activité d’enseignant et de comment apprendre à improviser (en 2001 il fonde la School for Improvisational Music à Brooklyn). Il termine en confessant un désir : apprendre une nouvelle langue, l’italien. Et comme Irene, notre journaliste de Radio Masala, est italienne, on se demande : aurait-elle trop de charme ?

[ À propos de Ralph Alessi ]

Ralph Alessi est né en 1963 à San Francisco de Joe Alessi, trompettiste classique, et Maria Leone, chanteuse d’opéra. Il commence à étudier la trompette avec son père mais il désapprouve le manque de liberté de la formation musicale classique : « [In classical music] there’s an emphasis on not making mistakes. This music [jazz] is different. The mistakes are almost something that you want ». À la fin des années 80, il s’inscrit donc au California Institute for the Arts pour s’approprier cette liberté que seul le jazz offre. Ici, étudiant du légendaire Charlie Haden, il obtient un Bachelor of Fine Arts (B.F.A.) en trompette jazz et un Master of Fine Arts (M.F.A.) en basse jazz. En 1990, il déménage à New York, là où le jazz vit et se transforme jour après jour. Pendant ces années, le jazz se mêle avec l’hip hop, le punk et le rock. C’est la période qui voit débuter les jazz stars Brad Mehldau, Joshua Redman, Jason Moran, Kurt Rosenwinkel ou encore Christian McBride. Dans cette ville électrique et dynamique, Alessi joue fréquemment avec musiciens notables comme Steve Coleman, Don Byron, Fred Hersch, Uri Caine et Dafnis Prieto. Il développe ainsi un style « jazz progressif post moderne » (cit. Jazz Times), mais ses bien neuf albums autant que leader montrent toute sa capacité de passer du post-bop à la musique néo-classique. En ordre chronologique :

- Hissy Fit (1999, Love Slave Records) : Ralph Alessi - trompette, Hank Roberts - violoncelle, Peter Epstein - sax, Carl “Koyaki” Walker - voix, Shane Endsley - batterie, tp.

- This Against That (2002, RKM Records), nommé par Jazz Times un des dix meilleurs albums du 2002 : R.A. – tp., Don Byron – clarinette, David Gilmore – guitare, Drew Gress – contrebasse, Nasheen Waits – b., Jason Moran – piano, Julie Patton – poésie.

- Vice & Virtue (2002, RKM Records) : R.A. – tp., flugelhorn, trompette piccolo, Tim Albright - trombone, Shane Endsley – tp.

- Look (2007, Between The Lines Records): R.A. – tp., flh., Ravi Coltrane - sax tenor, Andy Milne – p., Drew Gress – cb., Mark Ferber – b.

- Open Season (2009, RKM Records) : R.A. – tp., Peter Epstein - s., Mark Hellas - cb., Ben Street – cb., Mark Ferber - b., Gerald Cleaver - b., Will Jennings - voix.

- Cognitive Dissonance (2010, CAMJazz), qui a reçu la critique de quatre étoiles de la revue jazz Downbeat : R.A. – tp., Jason Moran - p., Drew Gress – cb., Nasheet Waits - b.

- Wiry Strong (2011, CleanFeed) : R.A. – tp., Ravi Coltrane – st., Andy Milne - p., Drew Gress – cb., Mark Ferber – b.

- Only Many (2013, CAMJazz) : R.A. – tp., Fred Hersch – p.

- Baida (2013, ECM) : R.A. – tp., Jason Moran – p., Drew Gress – cb., Nasheet Waits – b.

Ralph Alessi se dédie aussi à l’enseignement. Il est membre de la faculté à la Eastman School of Music et New York University et enseignant au New England Conservatory. En 2001 il fonde la School for Improvisational Music (SIM) dont il est aussi directeur.

[English version]

This October there are two interesting things going on in Europe : from the 2nd to the 25th, the jazz festival around the Lake Geneva, Jazz ContreBand, and from the 3rd to the 18th, the European tour of Ralph Alessi Baida 4tet. In Geneva, this weekend, the aficionados, the experts and novices in jazz, had the chance to experience both the events, at the same time, in the same room, for two days. What else ?

At the jazz club AMR of Geneva, the trumpeter Ralph Alessi gave a workshop on Saturday and a concert the Sunday evening together with Drew Gress (double bass), Dan Weiss (drums) and Gary Versace (piano).

We could maybe wonder why the concert of this 4 star review quartet was on a Sunday evening. Putting aside the more practical question of an overfilled tour agenda, Sunday evening was actually the right moment for these musicians. The Jazz Times magazine calls Alessi’s music “as clean and airy and sophisticated and disciplined as post-modern progressive jazz gets.” Clean. Disciplined. What we like about Alessi is his serious personality which is reflected in his sound, his own sound. Alessi has an intelligent creativity which composes intellectually difficult music. Alessi does not lull nor distract the public : you can’t let your mind go with the flow of his music. He rather makes us listen and concentrate on his trumpet in an attempt to teach us. More than a musician, he is a “musical worker”. In his own words : “I know myself pretty well and I know the things I need to do. […] After I play a concert I am always aware of the things that feel good and the other things that I need to practice the following day”. Fred Hersch (piano) who recorded “Only Many” (CAMJazz, 2013) with him, says: “He’s an impeccable player in whatever situation he finds himself in. This is a guy who’s just a scary good musician” (from Jazz Times). You should go and see Alessi in concert. Even on a Sunday evening, when you just recovered from a boozy Saturday and your brain needs to reset for the incoming week in the office.

Defying any Swiss clock, the four Americans go on stage around twenty minutes late, but nobody is under pressure and the atmosphere is pretty calm. This quartet is not the official Baida quartet who recorded the homonymous album in 2013. In particular, Jason Moran is replaced by Gary Versace and Nasheet Waits by Dan Weiss (only for a few concerts on the tour). The first set starts with “Gobble Goblins”, taken from the last Alessi’s album : Baida (ECM, 2013). The solo of the trumpet warms the ears of the public and later the drums, then the piano, and finally the bass get up and join the trumpet on the track. “Scratch & Stretch” begins with Versace’s piano solo ending in a repetition of a low-pitch as if to ring the door of Gress and Weiss who thus start playing. Other pieces follow, amongst which, the delicacy “Seen Things”, the funny “Slow Dancing Bear” and the final “Gone Today, Here Tomorrow”. Alessi from time to time takes a breath and, with his lips marked by the trumpet mouthpiece, he listens to his colleagues. Weiss is totally having a blast bringing out the best in his drums and laughing with Versace who, on the other side of the stage, hops on his stool driven by the rhythm. In the back, Gress dominates everything, and with his virtuosity, makes his “good job”. Small parenthesis : in “Slow Dancing Bear”, Weiss treats us by applying tabla (Indian percussion) patterns to his drumset, that is to say playing the drums with his bare hands. Weiss has been indeed studying tabla for twenty years under his guru Pandit Samir Chatterjee. The result is quite impressive.

After the concert, the microphone of Radio Masala fell in the hands of Ralph Alessi who kindly answers to our journalist, Irene. In the interview, that you find at the bottom of the page, Alessi speaks about his activity as an educator, focusing on some improvisational techniques and how to overcome fear (in 2001 he founded the School for Improvisational Music in Brooklyn). He also admits one desire, to learn a new language : Italian. As Irene is Italian, we could wonder : is she too charming ?

[ About Ralph Alessi ]

Ralph Alessi was born in 1963 in San Francisco, CA, and he is son of Joe Alessi, classical trumpeter and Maria Leone, opera singer. He starts studying the trumpet under his father but he dislikes the lack of freedom in classical education : “[In classical music] there’s an emphasis on not making mistakes. This music [jazz] is different. The mistakes are almost something that you want”. In the 80s he attends the California Institute for the Arts where he studies with the bassist Charlie Haden. Here, he graduates with a B.F.A. in jazz trumpet and a M.F.A. in jazz bass. In 1990 he moves to New York where the jazz lives and keeps transforming. The 90s are the years when jazz influence is incorporated into hip hop, punk and rock. These are the years when young jazz stars emerge such Brad Mehldau, Joshua Redman, Jason Moran, Kurt Rosenwinkel or Christian McBride. It is in this dynamic and thrilling city that Alessi becomes a frequent collaborator of notable musicians like Steve Coleman, Don Byron, Fred Hersch, Uri Caine and Dafnis Prieto. He develops his style, often classified as progressive post-modern, but his nine albums of original compositions draw on everything from post-bop to neo classical music. In chronological order :

- Hissy Fit (1999, Love Slave Records) : Ralph Alessi - trumpet, Hank Roberts - cello, Peter Epstein - sax, Carl “Koyaki” Walker - voice, Shane Endsley - drums, tr.

- This Against That (2002, RKM Records), named by Jazz Times one of the ten best recordings of 2002 : R.A. – tr., Don Byron – clarinet, David Gilmore – guitar, Drew Gress – double bass, Nasheen Waits – d., Jason Moran – piano, Julie Patton – poetry.

- Vice & Virtue (2002, RKM Records) : R.A. – tr., flugelhorn, piccolo trumpet, Tim Albright - trombone, Shane Endsley – tr.

- Look (2007, Between The Lines Records): R.A. – tp., flh., Ravi Coltrane - sax tenor, Andy Milne – p., Drew Gress – b., Mark Ferber – d.

- Open Season (2009, RKM Records) : R.A. – tp, Peter Epstein - s., Mark Hellas - b., Ben Street – b., Mark Ferber - d., Gerald Cleaver - d., Will Jennings – v.

- Cognitive Dissonance (2010, CAMJazz), which received a 4 star review by Downbeat magazine : R.A. – tr., Jason Moran - p., Drew Gress – b., Nasheet Waits - d.

- Wiry Strong (2011, CleanFeed) : R.A. – tr., Ravi Coltrane – ts., Andy Milne - p., Drew Gress – b., Mark Ferber – d.

- Only Many (2013, CAMJazz) : R.A. – tr., Fred Hersch – p.

- Baida (2013, ECM) : R.A. – tr., Jason Moran – p., Drew Gress – b., Nasheet Waits – d.

As an educator, Ralph Alessi has been a member of faculty at Eastman School of Music and the New York University . He teaches at the New England Conservatory. In 2001 he founds the School for Improvisational Music of which he is also director.

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