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Renouant avec l'essence même de cet art né en Andalousie, le spectacle Lo Esencial s'aventure sur les terres d'un flamenco pur et authentique: celui de ses débuts, quand les chants populaires permettaient de convertir les souffrances en espoir. Pour cela, le célèbre Luis de la Carrasca s'entoure de la crème des artistes de flamenco.

© montrealjazzfest.com

Flamenco Vivo est une compagnie créée en 1991 par Luis de la Carrasca. C'est au Festival d'Avignon que André Ménard, directeur artistique et co-fondateur du FIJM, les a découvert. En dix ans, il a eu la chance de les voir dans quatre créations différentes. Tout en rappelant une véritable histoire d'amour entre le festival et le flamenco, il se réjouit de partager avec nous ce spectacle à l'essence très différente, plus ramassé, plus intimiste, présenté dans la Cinquième salle et ce pour cinq soirs consécutifs. Tout à coup, un homme entre en scène, ce n’est autre que le fameux Luis de la Carrasca, il chante en distribuant des caramels dans le public. La lumière est toujours allumée, on se sent bien, il n’y a pas ou peu de distance entre les artistes et nous. André Ménard nous l’a bien fait comprendre, nous sommes privilégiés, à la fois d’assister à ce spectacle espagnol authentique au Québec, mais aussi puisqu’il s’agit du tout premier show dans le cadre de l’édition 2015 du FIJM.

Guitare, chant et percussions se mêlent pour nous raconter une histoire en musique. Pendant que les hommes occupent la scène, on ne peut s’empêcher de guetter l’ombre de la danseuse de flamenco qui s’apprête à faire son entrée. Rien qu’à sa manière de jeter sa robe sur le côté avant même de se mettre à danser, on est déjà envoûté. Mêlant rapidité, beauté et précision, elle est sublime bien que si sérieuse. Elle est concentrée et nous embarque dans son univers aux simples claquements de ses talons sur le parquet. Seule au centre de la scène devant les quatre hommes tapant des pieds et des mains en rythme, ils la soutiennent jusqu’au bout de sa performance tandis qu’elle se cambre au son de la voix de Luis de la Carrasca. Tout est dans la montée en puissance, parfaitement dosée, qui précède l’explosion. Un dialogue se crée entre le chanteur et la danseuse épuisée qui se laisse ensuite glisser sur le sol, comme le sable qu’ils ont dans les mains.

Je profite de l’entracte pour discuter avec mes voisins new yorkais experts en flamenco. Ils me racontent qu’ils sont déjà allés plusieurs fois en Espagne et ont assisté à de magnifiques spectacles, notamment à Séville. Pour eux, c’est la danseuse la plus contortionniste qu’ils n’aient jamais vu. Après la pause, guitare et voix s’emparent de nouveau de la scène. La danseuse revient dans une robe plus discrète et c’est au danseur de prendre le relais. Ce qui ressort le plus lorsque l’homme danse c'est sa force et sa puissance ainsi que la noblesse du flamenco. On apprécie aussi le côté « histoire » du spectacle, une sorte de fil conducteur qui entraîne le spectateur tout au long des 90 minutes. Il semblerait que la guitare suive les pas du danseur et non l’inverse tellement il se déplace rapidement. Il marque une pause en avant de la scène et claque des doigts au rythme des battements d’un coeur, comme s’il dansait pour la séduire. A chaque morceau de performance, c’est un tonnerre d’applaudissements qui résonnent dans la Cinquième salle.

Pour terminer, Luis nous présente son équipe, le talentueux José Luis Dominguez à la guitare, Kadú Gomez au cajón et aux percussions, ainsi que les magnifiques danseurs « nuestra princesa » Ana Pérez et « la pila electrica » Kuky Santiago. L’un « contre » l’autre dans une sorte de battle de danse dont nos applaudissements seraient les juges, les danseurs rejoignent ensuite le reste de la troupe pour chanter tous les cinq en coeur en tapant dans leurs mains de moins en moins fort jusqu’à ce que la lumière s’éteigne. Une fois les spectateurs levés et applaudissant à bout de bras, les cinq artistes nous offrent un final incroyable, comme une sorte d’improvisation, de bonus pour lequel le public reste debout. Elle danse, puis lui, puis les deux ensemble pendant que Luis chante en français « Savez-vous planter les choux ? ».

Un moment unique et riche en émotions pour ouvrir comme il se doit cette 36e édition du Festival International de Jazz de Montréal.

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