frequencebanane.ch

Hier j’ai assisté à deux projections fort intéressantes. Emballée dans les rouages du festival, j’ai consommé de l’image avec gloutonnerie, dévoré deux films d’affilés, englouti deux reflexions sans les mâcher cerebralement, absorbé tout leurs sucs jusqu’au point de m’y étouffer et surtout je me suis gavée des souffrances et de la tristesse du monde comme si de rien n’était.

(c) https://deerjaws.wordpress.com/tag/fishing/

Peut-être, en rentrant, ai-je pédalé avec plus de conviction, mais c’est tout ! Faire un Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains crée des métasituations auxquelles l’on ne penserait pas immédiatement :

- L’intérêt que peut avoir un Festivalier pour tout ce qui va être présenté

- La frustration et la honte de devoir choisir quel sujet l’intéresse le plus, quel thème ou débat risque de lui apporter le plus

- La crainte d’agir sans état-d’âme, d’être purement un consommateur sans conscience

- La conscience de vivre une farce mais la reconnaissance d’avoir accès à toutes ces histoires et combats

- Un combat avec soi même, lorsque confronté à sa passivité et soumission

- Une soumission au monde comme il est

- N’être et n’agir pas différemment, être simplement plus « aware »

Le FIFDH nous engage dans la contemplation et non dans l’action, il ne donne pas de solutions, n’apporte aucune aide… Il se contente d’informer et de surfer sur la vague exclusive des droits humains dans le monde, laissant l’homme sur le bas côté au profit d’une cause, d’un concept ridiculement lointain : l’humanité…

Choisir, favoriser , jauger le film qui nous fera le moins perdre de temps, qui en vaudra vraiment la peine et donc risquer d’agir sans une once d’humanité; écartant simplement, d’un geste de l’esprit, les autres causes et combats. Mais bon, ils n’avaient qu’a être présenté à un horaire convenable ou ne pas se chevaucher avec la projection du film tant acclamé par les critiques…

Hier, j’ai donc consommé de la chair humaine à la chaîne., enchaînant une projection sur les « Enfants Forçats » et une autre sur les pirates en Somalie «Fishing without Nets ».

Enfants Forçats : Quand les enfants se prennent en main

Un film, un sujet, un débat ? Non, il n’y avait pas de débat. Le film ne laissait pas de place au débat et le sujet était trompeur. On nous explique, avant la projection du film, quelques dates, faits et chiffres ; on contextualise le film.

« Des millions d’enfants travaillent encore soit sous le joug de l’esclavagisme soit dans des conditions qui mettent en péril leur éducation et santé . Or, dernièrement la Bolivie a fait passer une nouvelle loi concernant les enfants au travail : les enfants de 10 à 18 ans ont dorénavant le droit de travailler. Est-ce si mal de faire travailler les enfants ? Si ceux-ci travaillent dans de bonnes conditions, ont accès à une éducation, des soins et une vie libre. Qu’est-ce qui nous empêche de les faire travailler ? De leur permettre de gagner quelques sous pour leur famille ou pour leur survie ?»

Le débat s’annonce intéressant, dommage que le film en à peine une heure , réduise ces questions ouvertes à des abhérations. Pendant 1h12, H.Dubois nous dresse un portrait sinistre de la condition des enfants au travail. Inde, Mali, Burkina-Faso, Etats-Unis…nous y retrouvons des témoignages d’enfants esclaves, des activistes déplorant le sort des enfants au travail, rêvant à un futur où tous les enfants seraient à l’école et non dans les mines, derrières des échoppes, dans les usines, dans la rue, dans des tombes…

H.Dubois, ne nuance pas ses propos, il nous frotte le visage contre des images d’enfants squelettiques, en pleurs, désemparés, adultes avant l’âge, morts-vifs… Le documentaire installe l’auditoire dans une mare de mal-aise, ceux qui voient l’enfant au travail comme une opportunité, une chance ou une nécessité se sentent incriminés. Je suis perdue, pourquoi ne pas voir le travail comme une part de l’éducation obligatoire qu’un enfant devrait recevoir.

Travailler jeune permet l’indépendance, permet de se débrouiller, d’être autonome, d’être libre et insuffle le courage et le respect.

Dubois rêve d’enfant éduqués, ayant un avenir devant eux… Mais pour nous, petits occidentaux éduqués et nourris dès notre plus jeune âge de livres, multiplications et d’ambition de fonctionnaires ne sachant que faire de leurs 10 doigts à part réaliser un travail mécanique ou consommer dans l’immédiat- car incapable de se débrouiller ou de subvenir à nos propres besoins- nous, ou du moins je le crois, sommes les véritables « Enfants Forçats » asservis par un système, une compréhension du monde et une élite ayant peur de basculer à tout moment. Le film enraye toute vision positive des enfants au travail.

Le véritable problème ce n’est pas les enfants au travail mais les conditions de travail. Résultat, le Bolivie doit se justifier et expliquer pourquoi elle a passé cette loi…au lieu de la louer et de prendre exemple, nous reculons apeurés par l’aspect révolutionnaire de leur idée.

Ô droits humains et de l’enfants comme vous semblez éloignés des hommes que vous défendez…

Fishing Without Nets

Une histoire d’amour, d’argent et d’espoir. Je suis heureuse d’être partie à temps du débat vindicatif des « Enfants Forçats » pour le film explosif et terrible qu’a été « Fishing Without Nets ».

Percussions et shoots de Khat rythment le film.

C’est l’histoire d’un pêcheur Somalien, simple et aimant, qui pour rejoindre sa femme et son enfant envoyés au Yemen, s’enrôle dans la piraterie.

L’histoire s’emballe, saccadée d’arabe hurlé et de coups de fusil elle s’enroule aussi autour de cœurs tiraillés et d’une pauvreté tourbillonnante. Le film nous emmêle dans un filet invisible. Un filet dont la maille se resserre, forme un étau et finit par entailler celui qui y est capturé. Nous sommes pris en otage comme tous les personnages de ce film, nous sommes coincés dans les eaux de la fiction en attendant que la réalité nous remonte et nous écorche vif, sur le pont si vermoulu qui forme le lien entre mer et terre, fiction et réalité, nature et culture, monstres et humanité.

« Fishing Without Nets », un film, une histoire, une expérience a vivre et voir avec précaution, le risque étant de rester coincé dans les filets si tendres et tant de fois réparés, que sont l’espoir, l’amour et…l’argent.

Bookmark and Share
Commentaires

Cet article n'a pas encore de commentaire.

 
Ajoutez un commentaire :
Nom:
E-Mail:
Commentaire: