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Un des groupes de timba le plus populaire à Cuba, nommé aux Latin Grammy 2003 avec l’album « LIVE in the USA » et nommé aux Orgullosamente Latino 2005 dans les catégories : meilleure vidéo, meilleur album, meilleur groupe… Mesdames et Messieurs, et surtout Mesdemoiselles, la Charanga Habaneraaaaa !

Quand on dit Cuba, on pense aux plages ensoleillées mais aussi à Che Guevara et sa révolution. On pense à Ernest Hemingway qui mélancolique s'enivre au mojito à la barre du bar El Floridita mais aussi à des prisonniers habillés en orange et des chiens enragés autour d’eux. On pense aux vieilles bagnoles Volkswagen (les « machines du peuple » acclamés sur l’île) mais aussi aux sourires des enfants qui courent pieds nus derrière celles-ci. On pense aux vieilles dames qui fument leur cigares pendant que des touristes prennent des photos destinées à être, une fois rentrés en Europe : « portrait authentique d’une vieille mamá cubana authentique avec son cigare authentique ». Bref, un cocktail de vie et de mort, une sauce de beauté et des choses à en vomir … ou plutôt une … « salsaaaa » !

La « salsa » est un terme commercial né dans les années 70 pour mettre sous le même toit toutes ces musiques caraïbiques qui trouvaient leur source commune dans le són cubano et la rumba : mambo, guaracha, guaguancó, chachachá, timba … La salsa définit donc un genre musical entre la musique des Caraïbes, la musique latino-américaine et le jazz afro-cubain. Les plus grands représentants de ce mélange de musiques populaires cubaines dans le passé furent Tito Puente, Oscar d’Leon, Issac Delgado, Benny More, Adalberto Alvarez, Celia Cruz, Gilberto Santa Rosa, Los Van Van, juste pour vous faire comprendre de quoi et de qui on parle.

Nommer Los Van Van fait tout de suite penser à la « timba » dont ils furent les majeurs représentants. La « timba » est un style de salsa mais elle se démarque de celle-ci par son rythme bien plus complexe, le changement fréquent entre modes majeurs et mineurs et les pauses orchestrées, ou bloques. Ce rythme se développe à partir du rythme « songo » inventé par le percussionniste de Los Van Van, Jose Luiz Quintana « Changuito ». Le compositeur du même groupe, Juan Formell, se rendant compte de la puissance de ce rythme comme évolution dont la musique populaire cubaine avait besoin, commence à écrire plusieurs hits suivant comme « Esto te pone la cabeza mala ». Fortes sont non seulement les influences du són mais surtout du funk, soul, jazz-rock. En fait, le mot « timba » en argot cubain signifie « nouveau » et le mot « temba » signifie « vieux » : voilà donc la rencontre parfaite entre passé et futur !

Mais si jamais vous voudriez jouer de la salsa, savoir ce que c'est n'est pas suffisant ! Il vous faudrait une « charanga » qui n'est pas un tambour, ni une drogue exaltante. C'est un ensemble d'instruments qui d'abord jouait du « danzón », une forme de contre danse – habanera, pour ensuite jouer du « cha-cha-chá » et de la salsa. L'ensemble traditionnel comprend piano, violon, violoncelle, clarinette, flûte, contrebasse, congos, claves, guïro et timbales. Dans des temps plus modernes, voilà entrer la batterie, le synthétiseur, la guitare électrique, le trombone, les trompettes et le saxophone.

Il y a un groupe à Cuba qui prend nom de cet ensemble : c'est la Charanga Habanera, formé en 1988 pour élaborer un projet encadré de musique populaire cubaine dans les années 1940-1950. Ils ont gagné plusieurs prix comme une « nomination » aux Latin Grammy 2003 et aux Orgullosamente Latino 2005. Dès leur début, le succès est énorme : pour cinq ans ils partagent la scène avec des artistes comme Stevie Wonder, James Brown, Frank Sinatra, Whitney Houston, Ray Charles... juste pour nommer les plus connus. Leurs tournées les amènent au Japon, Mexique, Argentine, Pérou, Europe, Afrique du Nord et États-Unis mais c'est à Cuba qu'ils veulent rester et c'est leur premier hit en 1994 « Me sube la fiebre » qui fait ainsi qu'ils deviennent un des groupes de « timba » les plus populaires à Cuba.

Entre 1993 et 1998 la « charanga » se rénove plusieurs fois. En 1997, Michel Maza et Danny Lozada intègrent le groupe à la voix, mais ensuite Lozada, Juan Carlos Gonzalez et Eduardo Lazaga laissent le groupe, remplacés respectivement par Sandier Ante, Roberto « Cucurucho » Carlos et Gilberto Moreaux. Encore en 1998 la majorité de membres partent et la Charanga Habanera n'inclût qu'un chanteur, un chef d'orchestre et un preneur de son.

Le groupe compte bien dix-huit albums dont les deux derniers « Charanga light II » et « Se sufre pero se goza » sont le fruit de la plus récente formation sous la direction de David Calzado : Pedro Nieto Mora « el Piter, el VIP, papi », Heikel Valdez « Sexy Boy », Junior Pedraza « Baby Junior », David Montes de Oca « el Dandy » et Leisdel Gonzalez Castillo « el Chapi Wey ».

Samedi soir, 22 février, au Ramada Hotel, j’ai pu assister au concert de la Charanga prévu pour 22h et commencé avec un retard tout latino. La salle était comblée des couples infatigables qui tournaient et sautaient au rythme frénétique d'une série interminable de salsa joué par les Djs de la soirée. Les serveuses au bar étaient constamment agressées par des gens en envie continue de mojitos ou cuba libres (bref, à 2h il n'y avait plus de coca-cola, quoi). Une trentaine de minutes avant le concert de la Charanga j'ai pu approcher l'un des chanteurs, el Piter ou el VIP, pour lui poser des questions dans la loge pendant qu'un trio asthmatiforme de danseurs de rumba s’entraînait pour le court mais passionnant spectacle qu'ils auraient donné dans quelques minutes. La soirée à Genève était l'avant-dernière soirée d'une tournée de presque 25 jours et el Piter me confie qu'il a un horrible mal de gorge... comment va-t-il donc chanter ?, je me demande.

La réponse arrive pendant le concert. Les cinq chanteurs, el Piter, Sexy Boy (que de sexy a juste l'air d'un taureau), Baby Junior, el Dandy et el Chapi Wey, chantent en playback ! Le public ne se rend carrément pas compte et les filles (et leur mères) en première ligne ne font que crier excitées devant les cinq chanteurs qui portent des débardeurs en mode marin hyper serrés pour qu'on puisse noter leur biceps nourris à intégrateurs. David Calzado, le chef d'orchestre, est sur scène aussi et il chante de temps en temps comme pour donner la juste intonation ou indiquer la strophe correcte à ses cinq jeunes gigolos épuisés par la très longue tournée. Il ne lui manque qu'un fouet et c'est parfait.

Très déçue, je prends ma revanche en interviewant Donaldo Flores et Jorge Gali, deux musiciens cubains rencontrés par hasard dans la salle, et Rafael Alanya, organisateur de la soirée. Soirée qui finalement a été quand même excellente avec de la bonne musique, des cocktails bien chargés et de la nourriture cubaine fait-maison comme les « tostones » ou les « empanadas » pour rentrer droit à la maison à 5h du matin.

 

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