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Le 15 janvier 2014, l’Université de Neuchâtel a organisé un grand débat sur l’initiative "contre l’immigration de masse" de l’UDC suisse, soumise aux votations le 9 février prochain. Partisans et opposants se sont affrontés lors d'une discussion animée.
«Nous ne sommes pas loin du débordement. Le principe de base est de retrouver un contrôle sur notre immigration, car la Suisse n’est pas extensible indéfiniment », a illustré Raymond Clottu, favorable à l'initiative. (© Lena Würgler)
L'aula du bâtiment principal de l'Université de Neuchâtel était pratiquement pleine mardi passé. Des spectateurs de tous âges étaient venus assister au débat sur l'initiative de l'UDC «contre l'immigration de masse». Raymond Clottu et Walter Willener, deux partisans du texte, ont affronté Alain Ribaux et Raphaël Grandjean, deux opposants.

Premier invité à prendre la parole, Raymond Clottu a ouvert le bal des discussions en utilisant une métaphore percutante : il a décrit l’immigration comme un filet d’eau qui s’écoule dans une bassine représentant la Suisse. « Nous ne sommes pas loin du débordement », a imagé le Conseiller national UDC. « Nous voulons pouvoir réguler le débit d’eau sortant du robinet. Le principe de base est de retrouver un contrôle sur notre immigration, car la Suisse n’est pas extensible indéfiniment », a-t-il complété pour illustrer le fond de la pensée de l’UDC.

« L’immigration a contribué à la croissance »

L’immigration draine plus de 80'000 étrangers par année en Suisse. Parmi eux se trouvent des travailleurs, majoritairement européens. Pour les adversaires de l’initiative, ces derniers sont nécessaires au bon fonctionnement des entreprises suisses. « Les études ont montré que l’immigration avait fortement contribué à la prospérité et à la croissance du pays », a répondu Raphaël Grandjean. « Personnellement, je ne suis pas un adepte de la décroissance », a-t-il encore affirmé pour provoquer ses adversaires.

Ces derniers ont largement reconnu, tout au long du débat, l’utilité des travailleurs étrangers. Ils ont estimé toutefois qu’à plus long terme, l’immigration pouvait poser des problèmes, notamment en termes de logement, de transports et de travail. « C’est de l’anticipation », a expliqué Walter Willener. « Il faut être réaliste, la croissance ne peut pas être infinie. Lorsqu’il y aura un tassement de l’économie, ces gens ne vont pas repartir.» Son parti propose donc de définir chaque année des contingents en fonction des besoins économiques du pays. « Je suis tout à fait ouvert à ce que les personnes qualifiées dont les entreprises ont besoin viennent en Suisse », a tenu à préciser Raymond Clottu durant le débat.

Un danger pour les bilatérales

De leur côté, les opposants ont admis que l’immigration exigera certains efforts d’adaptation. Mais ils ont estimé que la solution de l’UDC créerait plus de problème qu’elle n’en résoudrait. Là où le bât blesse à leurs yeux, c’est que l’initiative est contraire à l’accord de libre circulation entre la Suisse et l’Union européenne. En cas de dénonciation de cet accord, l’UE devrait remettre en question l’ensemble du système bilatéral mis en place avec la Suisse depuis des années. Une éventualité que ne supportent pas les adversaires, tant les bilatérales ont joué un rôle important dans la bonne santé économique du pays. « Nous sommes dans un monde qui n’est plus celui des Waldstätten », a ironisé Alain Ribaux. « Nous sommes dans un pays qui vit des échanges et, sans eux, la Suisse est simplement morte.»

Les membres de l’UDC ne craignent pas de réaction trop radicale de l’Union. Pour Raymond Clottu, « l’Europe n’a pas, dans sa situation actuelle, de leçon à donner à la Suisse. Les pays européens auront toujours besoin de la Suisse, parce qu’elle a un niveau de salaire élevé ». Et même si l’Union européenne en venait à supprimer toute relation avec la Suisse, Raymond Clottu estime que la Suisse aura des moyens de faire pression. «Nous fermerons l’axe nord-sud, et vous verrez bien ce qu’il se passera », a-t-il suggéré, répondant à la question d’un spectateur. Pas sûr que beaucoup de monde ait envie de tester l'expérience.

Texte et illustrations: Lena Würgler de Tink Romandie.

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